|
 |
ATLAN Jean-Michel (Algérie, Constantine 1913 - Paris 1960)
BARRÉ Martin (France, Nantes 1924 - Paris 1993)
BITRAN Albert (Turquie, Istanbul 1931 - Villejuif 2020)
BRYEN Camille (France, Nantes 1907 - Paris 1977)
DEGOTTEX Jean (France, Sathonay-Camp 1918 - Paris 1988)
DOUCET Jacques (France, Boulogne-Billancourt 1924 - Paris 1994)
DUMITRESCO Natalia (Roumanie, Bucarest 1915 - Chars 1997)
FAUTRIER Jean (France, Paris 1898 - Châtenay-Malabry 1964)
FICHET Pierre (France, Paris 1927-2007)
GAUTHIER Oscar (France, Fours 1921 - Boulogne-Billancourt 2009)
GERMAIN Jacques (France, Paris 1915-2001)
GUITET James (France, Nantes 1925 - Biarritz 2010)
HANTAÏ Simon (Hongrie, Bia 1922 - Paris 2008)
HARTUNG Hans (Allemagne, Leipzig 1904 - Antibes 1989)
ISTRATI Alexandre (Roumanie, Dorohoi 1915 - Paris 1991)
|
LAGAGE Pierre-César (France, Montrouge 1911 - Seillans 1977)
LAUBIÈS René (Tunisie, La Goulette 1922 - Mangalore 2006)
MANESSIER Alfred (France, Saint-Ouen 1911 - Orléans 1993)
MATHIEU Georges (France, Boulogne/Mer 1921 - B.-Billancourt 2012)
MICHAUX Henri (Belgique, Namur 1899 - Paris 1984)
RAYMOND Marie (France, La Colle-sur-Loup 1908 - Paris 1989)
RIOPELLE Jean-Paul (Canada, Montréal 1923 - L'Isle-aux-Grues 2002)
SCHNEIDER Gérard (Suisse, Sainte-Croix 1896 - Paris 1986)
SIMA Joseph (République tchèque, Jaromer 1891 - Paris 1971)
SINGIER Gustave (Belgique, Warneton 1909 - Paris 1984)
SUGAÏ Kumi (Japon, Kobe 1919 - Kobe 1996)
WOLS (Allemagne, Berlin 1913 - Paris 1951)
ZACK Léon (Russie, Nijni Novgorod 1892 - Vanves 1980)
ZAO Wou-Ki (Chine, Pékin 1920 - Nyon 2013)
etc...
|
 |
| |

[COLLECTIF].
Lyrisme et Abstraction.
Paris, Galerie Arnaud, 1961. |

[COLLECTIF].
White and Black.
Paris, La Galerie des Deux-Iles, 1948. |

[COLLECTIF].
HWPSMTB.
Paris, Galerie Colette Allendy, 1948. |
|
 |
|
|
|
| |
 |
"[...] C'est avant 1950, dans ces années fiévreuses qui suivirent la Libération de Paris, qu'un art absolument nouveau apparut, s'incarnant tout naturellement dans une envolée lyrique. Les polémiques entre l'abstaction et la figuration ont alors dominé les débats esthétiques. Et à l'intérieur même de l'art abstrait les disputes ont été vives entre artistes de l'abstraction géométrique et ceux de ce que l'on appellera bientôt l'abstraction lyrique.
Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd'hui, c'est l'abstraction géométrique qui prédominait dans les premières années de l'après-guerre.
[...] On aurait pu croire que, face à la contre-offensive de la peinture figurative [...], il n'y aurait pas d'autre voie que le retour à la tradition ou la négation de toute figure.
Or, une autre voie apparaissait, encore souterraine, tout à fait marginale et que bien peu d'amateur discernèrent. Sans doute l'exposition que la galerie René Drouin, place Vendôme, consacra à cet inconnu qu'était WOLS fut-elle déterminante, puisqu'elle suscita, l'été 1947, l'enthousiasme d'un jeune peintre, Georges MATHIEU, dont l'action allait être décisive pour cette envolée lyrique. [...]
Pour valider une tendance, il faut une exposition de groupe et un manifeste. Le tout jeune et alors inconnu MATHIEU (il avait vingt-six ans) assuma ce rôle. En décembre 1974, il organisait à la galerie du Luxembourg une exposition pour laquelle il avait voulu donner le titre Vers l'abstraction lyrique. La galerie préféra L'imaginaire. Mais le mouvement était lancé.
L'année suivante, la galerie Colette Allendy lui demanda d'organiser une nouvelle exposition sur le même thème intitulée H W P S M T B, premières lettres du nom de chaque exposant : HARTUNG, WOLS, PICABIA, STAHLY, MATHIEU, TAPIÉ, BRYEN.
Abandon de la figuration traditionnelle, refus des règles, et notamment celles de la géométrie et de la peinture par aplats, envolée lyrique, voilà les critères de la nouvelle peinture. Mathieu y ajoutait vitesse et improvisation. [...]"
Michel Ragon, L'envolée lyrique Paris 1945-1956, Paris, Musée du Luxembourg, 2006, pp. 19-20 |
| |
|
L'Abstraction Lyrique désigne un courant artistique né à Paris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, vers 1947, en réaction à la rigueur de l'abstraction géométrique et au surréalisme. Porté par le critique Jean José Marchand et le peintre Georges MATHIEU, ce mouvement privilégie l'expression directe de l'émotion, l'improvisation et la liberté du geste. Contrairement à l'abstraction froide et calculée, l'abstraction lyrique place le tempérament de l'artiste au cœur de l'œuvre, faisant de la toile le sismographe de ses états d'âme et de sa spontanéité.
Le mouvement s'organise autour d'expositions fondatrices, notamment celle intitulée « L'imaginaire » à la Galerie du Luxembourg en 1947, qui réunit des figures clés telles que Hans HARTUNG, WOLS, Georges MATHIEU et Camille BRYEN. Ces artistes explorent des techniques nouvelles comme la projection de peinture, le grattage ou le tachisme. Le parcours de Georges MATHIEU est particulièrement emblématique : il transforme l'acte de peindre en une véritable performance publique, utilisant la vitesse comme un moyen de court-circuiter la pensée rationnelle et de laisser libre cours à l'énergie vitale.
Sur le plan international, l'Abstraction Lyrique française entre en résonance (et parfois en compétition) avec l'Expressionnisme Abstrait américain de Jackson POLLOCK. Tandis que l'école de New York privilégie le format monumental et le "all-over", les lyriques européens conservent souvent une sensibilité plus nuancée, héritée de la tradition picturale du Vieux Continent. Des artistes comme Pierre SOULAGES (à ses débuts) ou Jean-Paul RIOPELLE participent à cette effervescence, exposant dans les grandes capitales mondiales et affirmant la prédominance de la scène parisienne durant les années 1950.
La reconnaissance historique de ce courant s'est confirmée à travers des événements majeurs, comme la grande exposition « L'Envolée lyrique » au Musée du Luxembourg en 2006, qui a permis de retracer l'histoire de ce mouvement entre 1945 et 1956. Bien que le mouvement ait perdu de sa force avec l'arrivée du Nouveau Réalisme et du Pop Art dans les années 1960, son héritage demeure immense. Il a ouvert la voie à une subjectivité radicale dans l'art abstrait, influençant durablement les générations futures dans leur rapport à la matière, au signe et au geste libéré.
Une sélection d'expositions historiques majeures qui ont jalonné, structuré et défini l'histoire de l'Abstraction Lyrique, en France et à l'international :
- « Véhémences confrontées » (Mars 1951 – Galerie Nina Dausset, Paris)
Sous l'impulsion du critique Michel Tapié et de Georges Mathieu, cette exposition internationale marque un tournant. Elle confronte pour la première fois les tenants de l'avant-garde parisienne (Wols, Bryen, Mathieu) avec les chefs de file de l'Expressionnisme Abstrait américain (Jackson Pollock, Willem de Kooning). L'exposition pose les bases théoriques de ce que Tapié nommera l'« Art Autre » ou l'« art informel ».
« Signifiants de l'Informel » (Studio Facchetti, Paris, 1952)
Organisée à nouveau par Michel Tapié, cette exposition ancre définitivement le vocabulaire lyrique et informel à Paris. Elle met en avant des artistes majeurs comme Jean Fautrier, Jean Dubuffet, Michaux, Riopelle et Sam Francis, popularisant l'idée d'une peinture libérée des structures compositionnelles traditionnelles.
« Dawn of the New Movement » (1955 – Tokyo, Japon)
L'Abstraction Lyrique s'exporte rapidement à l'international, notamment au Japon grâce aux voyages et aux conférences de Georges Mathieu et Michel Tapié. Cette exposition, et les performances publiques de création sur grands formats réalisées sur place, scellent des liens profonds entre l'Abstraction Lyrique occidentale et le mouvement d'avant-garde japonais Gutai (mené par Jiro Yoshihara).
« L'Abstraction Lyrique aux États-Unis » (1970 – Whitney Museum of American Art, New York)
Bien que le terme ait été forgé en France à la fin des années 1940, une seconde vague artistique se réclame explicitement de l'« Abstraction Lyrique » (Lyrical Abstraction) aux États-Unis à la fin des années 1960. Cette exposition institutionnelle itinérante met en lumière une réaction contre le minimalisme et le Pop Art rigides, en valorisant de jeunes artistes américains (comme Dan Christensen, Ronnie Landfield ou Pat Lipsky) adoptant une approche picturale plus fluide, libre et sensorielle.
« L'Envolée Lyrique, Paris 1945-1956 » (2006 – Musée du Luxembourg, Paris)
Conçue spécifiquement pour retracer la décennie d'or du mouvement, cette exposition a réuni le cœur historique de l'Abstraction Lyrique (avec des œuvres majeures d'Atlan, Barré, Degottex, Hartung, Mathieu, Riopelle, Schneider, Soulages, et Vieira da Silva). Elle a permis de redécouvrir la fraîcheur, la violence du geste et la poésie de ces années de liberté totale.
« Le Geste et la Matière. Une abstraction autre (Paris, 1945-1960) » (2017 – Fondation Clément, Martinique)
Une exposition d'envergure (organisée en partenariat avec le Centre Pompidou) qui a montré comment l'Abstraction Lyrique et l'art informel ont été une libération universelle de la forme, trouvant un écho bien au-delà des frontières européennes ou américaines.
« Action, Gesture, Paint: Women in Abstraction 1940–1970 » (2023 – Whitechapel Gallery, Londres / Fondation Van Gogh, Arles)
Une exposition internationale majeure et récente qui a totalement renouvelé l'histoire du mouvement en mettant en lumière le rôle crucial — et souvent sous-estimé par le passé — des femmes artistes dans l'Abstraction Lyrique et l'Expressionnisme abstrait mondial (comme Marie Raymond, Judit Reigl, Natalia Dumitresco, Helen Frankenthaler, ou Lee Krasner).