thèmes : GUTAÏ (Gutai bijutsu kyokai : 1954-1972)
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DOMOTO Hisao (Japon, Kyoto 1928 - Kyoto 2013)
HORIO Sadaharu (Japon, Kobe 1939 - Kobe 2018)
IMAÏ Norio (Japon, Osaka 1946)
KANAYAMA Akira (Japon, Osaka 1924 - Tokyo 2006)
MAEKAWA Tsuyoshi (Japon, Osaka 1936)
MASANOBU Masatoshi (Japon, Kochi 1911 - Hyogo 1995)
MATSUTANI Takesada (Japon, Osaka 1939)
MOTONAGA Sadamasa (Japon, Iga 1922 - Takarazuka 2011)
MURAKAMI Saburo (Japon, Kobe 1925 - Nishinomiya 1996) |
SHIMAMOTO Shozo (Japon, Osaka 1928 - Nishinomiya 2013)
SHIRAGA Fujiko (Japon, Amagasaki 1928 - Amagasaki 2015)
SHIRAGA Kazuo (Japon, Amagasaki 1924 - Amagasaki 2008)
SUMI Yasuo (Japon, Osaka 1925 - Itami 2015)
TANAKA Atsuko (Japon, Osaka 1932 - Nara 2005)
UEMAE Chiyu (Japon, Kyoto 1920 - 2018)
YOSHIDA Toshio (Japon, de Tokyo 1928 - Osaka 1997)
YOSHIHARA Jiro (Japon, Osaka 1905 - Ashiya 1972)
YOSHIHARA Michio (Japon, Ashiya 1933 - Ashiya 1996)
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[GUTAÏ].
L'espace et le temps.
Rodez, Musée Soulages, 2018. |

[GUTAÏ].
GUTAÏ.
Paris, Galerie du Jeu de Paume, 1999. |

[COLLECTIF].
Tapié. Un-art-autre.
Turin, Edizioni d'arte Fratelli Pozzo, 1997. |
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Le mouvement GUTAÏ (littéralement « concret ») naît officiellement en 1954 à Ashiya, près d'Osaka, sous l'impulsion de Jiro YOSHIHARA, figure tutélaire qui impose à ses disciples une règle d'or : « Ne copiez personne, faites ce qui n'a jamais été fait ». En 1956, YOSHIHARA publie le Manifeste de l'art Gutaï, un texte fondateur qui rejette l'académisme et le simulacre de la représentation pour prôner une fusion directe entre l'esprit humain et la matière. Contrairement à l'art traditionnel qui asservit le matériau à la volonté de l'artiste, le groupe cherche à révéler la vie propre de la matière, qu'il s'agisse de peinture, de boue, d'eau ou de lumière, tout en affirmant une liberté de création radicale dans un Japon en pleine reconstruction démocratique après les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.
Les premières années du groupe, entre 1955 et 1956, sont marquées par des expositions de plein air révolutionnaires qui préfigurent le happening et la performance internationale. En juillet 1955, lors de l'exposition « Défi au soleil de plein air », puis en 1956 à Tokyo, les artistes GUTAÏ repoussent les limites du support artistique : Saburo MURAKAMI traverse des cadres de papier kraft, Kazuo SHIRAGA lutte corps à corps avec de la terre dans sa performance Défier la boue, et Atsuko TANAKA conçoit sa célèbre Robe électrique composée d'ampoules clignotantes. Ces actions, souvent éphémères, visent à faire de l'acte de création un événement viscéral où le corps de l'artiste devient l'instrument principal, transformant l'espace de la galerie ou de la scène en un champ de forces énergétiques brutes.
À partir de 1957, la trajectoire du mouvement prend un tournant décisif suite à la rencontre entre Jiro YOSHIHARA et le critique français Michel Tapié, théoricien de l'« Art Autre ». Ce rapprochement international intègre GUTAÏ dans la mouvance de l'Abstraction Lyrique et de l'art informel mondial, offrant au groupe une visibilité exceptionnelle en Europe et aux États-Unis. Dès 1958, la prestigieuse Galerie Martha Jackson à New York consacre une exposition au mouvement, consolidant les liens entre l'avant-garde japonaise et l'Expressionnisme Abstrait américain. Bien que ce virage vers une peinture plus « transportable » sur toile soit parfois critiqué pour avoir freiné l'aspect le plus expérimental des performances, il permet aux œuvres de SHIRAGA, MOTONAGA ou SHIMAMOTO de pénétrer les plus grandes collections internationales.
La phase finale du mouvement est marquée par une intégration croissante des technologies et une réflexion sur l'espace urbain, culminant lors de l'Exposition universelle d'Osaka en 1970, où le groupe anime la Place du Festival avec des installations monumentales. La mort de Jiro YOSHIHARA en 1972 entraîne la dissolution officielle de l'Association d'Art Gutaï, après dix-huit ans d'une longévité rare pour une avant-garde. Redécouvert massivement par les institutions occidentales au cours des deux dernières décennies, notamment lors de la rétrospective au Musée Guggenheim de New York en 2013, GUTAÏ est aujourd'hui reconnu comme l'un des courants les plus novateurs du XXe siècle. Il a jeté les bases de la performance, du Body Art et de l'installation multimédia bien avant l'émergence de mouvements similaires en Occident comme Fluxus ou les happenings new-yorkais.
Voici une sélection d'expositions historiques majeures qui ont jalonné, structuré et défini l'histoire du groupe Gutaï de sa création à sa consécration internationale : :
- « Exposition d'art Gutaï en plein air » (Juillet 1955 – Parc de la ville d'Ashiya) C'est la toute première manifestation publique collective du groupe. Refusant les murs blancs des galeries traditionnelles, les artistes investissent une pinède publique jour et nuit. Les œuvres font corps avec la nature : structures suspendues aux arbres, plaques de plastique colorées au sol contenant de l'eau colorée, et sculptures interactives. C'est le point de départ d'un art environnemental et immersif.
- « 1ère Exposition d'art Gutaï » (Octobre 1955 – Ohara Hall, Tokyo)
Cette première exposition en intérieur marque les esprits par son radicalisme et introduit le corps de l'artiste au centre de l'œuvre. C'est ici que Saburo MURAKAMI réalise sa célèbre performance en traversant successivement plusieurs écrans de papier kraft tendus (L'Action de traverser le papier), et que Kazuo SHIRAGA présente ses premières peintures exécutées uniquement avec ses pieds, suspendu à une corde au-dessus de la toile.
- « 2ème Exposition d'art Gutaï » (Octobre 1956 – Ohara Hall, Tokyo)
L'expérimentation atteint son paroxysme. Atsuko TANAKA y présente sa monumentale Robe électrique (Electric Dress), une armure clignotante faite de centaines d'ampoules de couleur peintes à la main, métaphore de l'industrialisation rapide du Japon. Kazuo SHIRAGA y réalise également sa performance historique Défier la boue, où il lutte physiquement en caleçon dans un monticule de boue, de mortier et de ciment, laissant la matière se figer sous l'empreinte de ses mouvements.
- « L'Exposition Gutaï sur scène » (Mai 1957 – Sankei Hall, Osaka / Tokyo)
Le groupe transpose ses recherches plastiques et ses performances éphémères dans l'espace d'un véritable théâtre. Les artistes conçoivent des séquences minutées mêlant jeux de lumières, apparitions de formes géométriques mobiles, projections et interactions physiques, posant ainsi les jalons fondamentaux de ce qui sera appelé plus tard le happening et la performance scénique.
- « International Art of a New Era: Informel and Gutai » (1958 – Grand Magasin Takashimaya, Osaka)
Co-organisée avec le critique français Michel Tapié, cette exposition confronte pour la première fois les productions de GUTAÏ avec celles des maîtres européens et américains de l'art informel et de l'Abstraction Lyrique (FONTANA, POLLOCK, DE KOONING, APPEL, MATHIEU). Cet événement scelle l'intégration de l'avant-garde japonaise dans le réseau artistique mondial et amorce une transition du groupe vers des formats de peinture sur toile plus traditionnels et "exportables".
- « Gutai Exhibition » (Septembre 1958 – Galerie Martha Jackson, New York)
Il s'agit de la première grande exposition de GUTAÏ à l'étranger. Bien que les critiques américains de l'époque soient passés à côté de l'aspect révolutionnaire des performances (les œuvres physiques étant alors perçues comme de simples dérivés de l'expressionnisme abstrait), cette exposition marque l'entrée officielle de SHIRAGA, MOTONAGA et SHIMAMOTO sur le marché de l'art occidental.
- « Exposition Gutaï » (1965 – Galerie Stadler, Paris)
Grâce au soutien indéfectible de Michel Tapié, le public européen découvre massivement les œuvres du groupe à Paris. Cette exposition consacre la reconnaissance institutionnelle des membres de la première heure et installe durablement la cote de ces artistes auprès des collectionneurs internationaux.
- L'Exposition Universelle d'Osaka (Expo '70) (1970 – Osaka)
C'est le chant du cygne et le projet le plus monumental du groupe. Invité à investir la gigantesque Place du Festival (conçue par Kenzo Tange), GUTAÏ imagine des installations cinétiques et technologiques grandioses, des structures gonflables et des chorégraphies aériennes complexes. Cet événement démontre la capacité du groupe à lier l'art, l'espace urbain et l'industrie technologique montante du Japon moderne.
- « Hommage à Gutaï » (1976 – Musée d'Art Contemporain, Hyogo, Japon)
C'est la toute première exposition rétrospective post-dissolution. Elle permet de rassembler et de documenter les œuvres, les photographies et les films des performances éphémères des années 1950, sauvant ainsi une grande partie de la mémoire du groupe.
- « JAPON DES AVANT-GARDES 1910–1970 » (1986 – Centre Pompidou, Paris)
Cette exposition historique mondiale est un électrochoc pour le public et les critiques occidentaux. Le Centre Pompidou consacre une place centrale aux performances et aux installations de GUTAÏ. Pour la première fois en Europe, on réalise que Saburo MURAKAMI, Kazuo SHIRAGA et Atsuko TANAKA avaient inventé le happening, l'art corporel et l'installation multimédia bien avant les mouvements américains (comme Fluxus) ou européens.
- « Gutai: Japanische Avantgarde 1954–1972 » (1991 – Institut d'art contemporain, Darmstadt, Allemagne)
Une exposition itinérante d'envergure en Europe qui cartographie précisément l'apport technique et esthétique de chaque membre du groupe, de la première à la seconde génération.
- « Out of Actions: Between Performance and the Object, 1949–1979 » (1998 – MOCA, Los Angeles)
Cette exposition internationale majeure (qui a voyagé à New York, Vienne et Tokyo) place définitivement GUTAÏ au sommet de l'histoire de la performance mondiale, aux côtés de Jackson POLLOCK, Allan KAPROW et d'Actionnisme viennois.
- « GUTAI: SPLENDID PLAYGROUND » (2013 – Solomon R. Guggenheim Museum, New York)
C'est l'exposition rétrospective absolue. Le prestigieux musée Guggenheim a mis à l'honneur le mouvement en transformant sa célèbre rampe hélicoïdale en un terrain de jeu GUTAÏ. La Robe électrique de Atsuko TANAKA et les toiles peintes avec les pieds de Kazuo SHIRAGA y sont célébrées comme des chefs-d'œuvre incontournables du XXe siècle.
- « Gutai » (2012 / 2013 – Musée national d'Art de Osaka, Japon)
Organisée pour le 50e anniversaire de la création de la Pinacothèque Gutaï, cette double exposition a permis de réévaluer l'impact du mouvement sur l'art contemporain japonais actuel.
- « Action, Gesture, Paint: Women in Abstraction 1940–1970 » (2023 – Whitechapel Gallery, Londres)
Cette exposition internationale récente a mis particulièrement en lumière le travail de Atsuko TANAKA et Fujiko SHIRAGA, rappelant que les femmes ont joué un rôle de pionnières absolues au sein de l'avant-garde japonaise.