Giovanni ANSELMO (Italie, Borgofranco d'Ivrea 1934 - Turin 2023)
Alice AYCOCK (USA, Harrisburg 1946)
Jean CLAREBOUDT (France, Lyon 1944 - Turquie, Laon 1997)
Walter DE MARIA (USA, Albany 1935 - Los Angeles 2013)
Jan DIBBETS (Pays-Bas, Weert 1941)
Andy GOLDSWORTHY (Royaume-Uni, Cheshire 1956)
Michael HEIZER (USA, Berkeley 1944)
Nancy HOLT (USA, Worcester 1938 - New York 2014)
Wolfgang LAIB (Allemagne, Metzingen 1950) |
Richard LONG (Royaume-Uni, Bristol 1945)
Robert MORRIS (USA, Kansas City 1931 - Kingston 2018)
NILS-UDO (Allemagne, Lauf an der Pegnitz 1937)
Dennis OPPENHEIM (USA, Electric City 1938 - New York 2011)
Charles ROSS (USA, Philadelphie 1937)
Robert SMITHSON (USA, Passaic 1938 - Amarillo 1973)
Alan SONFIST (USA, New York 1946)
James TURRELL (USA, Los Angeles 1943)
etc... |
Le LAND ART naît officiellement aux États-Unis à la fin des années 1960, en rupture totale avec le marché de l'art traditionnel et les espaces confinés des galeries. Des pionniers comme Robert SMITHSON ou Michael HEIZER décident d'investir les grands espaces désertiques de l'Ouest américain pour y réaliser des œuvres monumentales. En 1970, SMITHSON réalise son œuvre la plus célèbre, Spiral Jetty, une immense jetée de terre et de pierres de plus de 400 mètres de long sur le Grand Lac Salé. Ce mouvement cherche à lier l'art directement à la nature, en utilisant la Terre elle-même comme toile et comme matériau brut.
Au fil des années 1970 et 1980, le mouvement traverse l'Atlantique et évolue vers une approche souvent plus poétique, intime et respectueuse de l'environnement en Europe. Les artistes délaissent les bulldozers et les transformations massives pour travailler à hauteur d'homme, directement avec ce que la nature leur offre sur place. C'est à cette époque que s'affirment des figures majeures comme Richard LONG, qui transforme la marche en acte artistique, ou Andy GOLDSWORTHY, qui commence à marquer les esprits par ses créations éphémères faites de glace, de feuilles colorées ou de branches entrelacées.
Le travail de l'artiste allemand NILS-UDO incarne parfaitement cette sensibilité européenne axée sur l'écologie et la fragilité du vivant. Dès 1972, il abandonne la peinture traditionnelle pour interagir directement avec la nature, qu'il qualifie de "refuge". Connu pour ses installations spectaculaires de nids géants, de structures de branches et de compositions florales délicates, il crée des œuvres qui ne survivent que le temps d'une saison. Comme pour Andy GOLDSWORTHY, la photographie devient alors le seul moyen de figer et de partager ces interventions éphémères avec le public.
Aujourd'hui, l'héritage du LAND ART reste d'une actualité brûlante face aux défis environnementaux contemporains. Ce mouvement a redéfini le statut de l'œuvre d'art en y intégrant la notion de temporalité : les créations sont soumises à l'érosion, au vent, à la pluie et finissent par disparaître pour retourner à la terre. En bousculant le rapport entre l'homme et son environnement, ces artistes ont ouvert la voie à une réflexion profonde sur la beauté, la précarité de la nature et notre propre impact sur la planète.
Voici une sélection d'expositions depuis les origines dans les années 1960 jusqu'aux plus contemporaines :
- « Earthworks » (octobre 1968, Dwan Gallery, New York)
Organisée par la galeriste Virginia Dwan, cette exposition fondatrice marque la première apparition officielle du mouvement dans le discours critique. Elle réunit des projets, des photographies et des maquettes d'artistes majeurs tels que Robert SMITHSON, Michael HEIZER, Walter DE MARIA, ou encore Robert MORRIS, propulsant le concept d'œuvres monumentales créées hors des espaces muséaux traditionnels sur le devant de la scène artistique.
- « Earth Art » (février - mars 1969, Andrew Dickson White Museum of Art, Université Cornell, Ithaca)
Conçue par le conservateur Willoughby Sharp, cette manifestation est la toute première exposition institutionnelle entièrement dédiée à ce courant aux États-Unis. Des artistes comme Jan DIBBETS, Hans HAACKE, Richard LONG ou Gunther UECKER se déplacent en personne pour réaliser des installations spécifiques sur le campus et dans la nature environnante, officialisant le glissement des matériaux traditionnels vers les éléments naturels directs (terre, glace, roche).
- « Prospekt 69 » (septembre - octobre 1969, Städtische Kunsthalle, Düsseldorf)
Cette grande biennale internationale en Allemagne joue un rôle crucial dans l'introduction du mouvement en Europe. Elle met en lumière les démarches conceptuelles et environnementales d'artistes internationaux, permettant au public européen de découvrir les interventions de Richard LONG ou de Dennis OPPENHEIM, et favorisant ainsi l'émergence d'une sensibilité locale portée plus tard par des créateurs comme NILS-UDO.
- « Ends of the Earth: Land Art to 1974 » (avril - septembre 2012, Museum of Contemporary Art, Los Angeles)
Cette exposition rétrospective d'envergure historique propose une relecture globale et transnationale des premières années du mouvement. Rassemblant les travaux de plus de quatre-vingts artistes du monde entier, dont Alice AYCOCK, Nancy HOLT, Dennis OPPENHEIM ou CHRISTO et Jeanne-Claude, elle démontre que le Land Art ne s'est pas limité aux déserts américains, mais a constitué un élan mondial redéfinissant radicalement les frontières de la sculpture et de la performance.
- « Groundswell: Women of Land Art » (septembre 2023 - janvier 2024, Nasher Sculpture Center, Dallas)
Cette exposition majeure jette un pavé dans la mare historiographique en réévaluant la place des femmes dans un mouvement souvent perçu comme très masculin. Elle met en lumière les œuvres monumentales et environnementales d'artistes comme LANYON, AYCOCK, HOLT, MISS, TACHA, DENES ou encore LEWI, démontrant comment leurs approches de la terre, mêlant rituels, écologie et engagement social, ont été indispensables à l'essor et à l'évolution du Land Art mondial.
- « Un certain art de vivre » / Focus Paysages (avril 2025 - octobre 2026, exposition itinérante du Centre Pompidou, France)
Dans le cadre de sa programmation hors-les-murs "Constellation", le Centre Pompidou propose un grand parcours thématique qui explore les métamorphoses de l'art du paysage aux XXe et XXIe siècles. L'exposition consacre une section entière à l'héritage du Land Art historique (notamment à travers les films documentaires de Gerry SCHUM de 1969), tout en montrant comment les créateurs contemporains prolongent ces pratiques face à l'urgence climatique actuelle.
- « La Beauté du Geste : l'art face au vivant » (mai - octobre 2025, Domaine de Chaumont-sur-Loire)
Cette biennale et son parcours d'art contemporain annuel continuent de faire de Chaumont-sur-Loire le bastion vivant de la création in situ en France. Mettant à l'honneur des artistes internationaux qui travaillent en symbiose avec le végétal et le minéral, l'événement présente de nouvelles installations pérennes ou éphémères qui s'inscrivent directement dans la lignée poétique initiée par Andy GOLDSWORTHY et NILS-UDO, questionnant la précarité et la résilience de la nature.